Une dissimulation de l'Église déformant le message du Christ
Article du mois : juillet 2011
par Burkhard
Sujet: | 9 propositions qui mettraient le créationnisme en salle de classe Date : | 09 juillet 2011 Identifiant de message: | 44cb2369-cc02-478e-8aae-6f6172bab0fa@x10g2000vbl.googlegroups.com
> En grec, il existe un tel idiome et c'est celui de l'œil d'une aiguille.
> L'œil d'une aiguille est une porte qui existe encore au moins en Syrie, et c'est encore
> ainsi appelé dans cette langue, en syriaque, par les mots « œil d'une aiguille ».
> Le fait de fournir l'image d'une telle porte ne compte pas pour certains.
Il n'y a aucune image d'une porte appelée à l'époque « œil de l'aiguille ». Les portes de l'architecture hébraïque à l'époque du Christ n'y ressemblent pas non plus. Seule l'architecture musulmane, bien plus tardive, a des portes qu'une personne à l'imagination fertile pourrait simplement trouver ressemblantes à des aiguilles.
> et qu'un guide syrien dit aux gens que cette porte s'appelle œil d'une aiguille,
Les guides touristiques sont en effet une source assez mauvaise d'information fiable, car ils découvrent tôt qu'ils obtiennent de meilleurs pourboires en disant à leurs clients ce qu'ils veulent entendre. En l'occurrence, il aura entendu l'histoire quelque part et l'a répétée.
> parce que certains refusent d'accepter qu'il ait jamais existé une telle porte à Jérusalem.
Oui, parce que toutes les preuves disent le contraire, de l'archéologie à la linguistique. Il n'existe aucune preuve que les portes de Jérusalem aient été appelées « œil de l'aiguille », ni même de façon similaire. Les portes de ville en Syrie ne sont pas non plus désignées par ce terme, ni dans le passé ni aujourd'hui. Il n'existe pas un seul texte de l'époque du NT ou antérieur, qu'il soit en hébreu, en syriaque ou en toute autre langue, dans lequel les portes d'une ville seraient désignées par ce nom. Il existe toutefois de nombreux textes juifs où l'idiome est employé pour décrire une tâche impossible — l'analogie moderne la plus proche serait « et les cochons peuvent voler », ce que les Juifs, bien sûr, n'utiliseraient pas.
Cependant, des textes théologiques du XVᵉ siècle proposent soudain l'interprétation de la porte de la ville. Ils ne fournissent toutefois aucune source ni preuve, et visent très clairement à appuyer un point politique ou théologique précis. Après que l'Église ait frôlé le schisme à propos de la question de savoir s'il était permis aux prêtres de posséder des biens (la préhistoire du « Nom de la rose »), et que la question ait été tranchée au profit des riches, les théologiens ont essayé fébrilement d'expliquer les passages bibliques qui donnaient du soutien à des religieux particuliers (par ex. les franciscains), notamment Luc 18:25. Les théologiens du XVᵉ siècle ont bien sûr pu voir l'architecture mauresque en Espagne, qui comporte des portes qui ressemblent un peu à des aiguilles (si l'on a de l'imagination ou de l'alcool), et avoir eu l'idée là-bas, mais ce style architectural est de plusieurs siècles plus récent que le Nouveau Testament.
Nous savons donc exactement d'où vient cette idée et quels étaient les motifs derrière cette interprétation. Nous avons également une idée assez précise du véritable sens de l'idiome, voir ci-dessous. Toute l'idée de l'œil de l'aiguille comme portes de ville est une invention du XVᵉ siècle, contredit directement le texte au moins dans Luc (dont le terme grec est très précis, pas juste « aiguille ») et contredit de nombreux textes juifs laïques de cette époque et d'avant.
> Donc, pour certains, elle exige une interprétation pour comprendre ce que dit le
> verset. Mais pour beaucoup, elle s'interprète d'elle-même et il s'agit d'une expression idiomatique acceptable et
> facile à comprendre par la traduction seule.
Oui, cela signifie : c'est impossible pour un animal très grand de passer par quelque chose de très petit comme l'œil de l'aiguille d'un chirurgien (qui est le mot réellement utilisé dans Luc, « belones », une aiguille de chirurgien, pas « rhapis », aiguille à coudre comme dans Marc).
L'idiome est très bien documenté dans la littérature juive ancienne, où « aiguille » est généralement utilisé comme métaphore de quelque chose de très petit : « L'œil d'une aiguille n'est pas trop étroit pour deux amis, mais le monde n'est pas assez large pour deux ennemis »
L'expression spécifique de Luc repose sur un proverbe juif courant que l'on trouve aussi dans le Talmud babylonien (par ex. Baba Mezi'a 38b, ou Berakhot 55a, où il s'agit d'un éléphant, et non d'un chameau) et dans d'autres textes juifs.
Il est toujours utilisé comme expression de quelque chose d'absolument impossible ou
d'incroyable, et n'a rien à voir avec des portes de quelque forme ou sorte que ce soit. Nous
savons avec d'autres textes de la même époque exactement ce que l'idiome signifie — en gros ce qu'il dit : c'est impossible à accomplir, car des choses très grandes ne passent pas dans quelque chose d'aussi petit que l'œil d'une aiguille, c'est-à-dire le petit objet qu'on utilise pour coudre.
Tout le monde à l'époque du Christ aurait immédiatement compris qu'il utilise ici une maxime juive commune pour une tâche impossible, seuls des théologiens chrétiens plus d'un millénaire plus tard, qui n'étaient pas habitués à ces tournures juives, ont pu inventer une interprétation aussi élaborée que celle de la « porte de la ville ».
> Toutefois, les traducteurs eux-mêmes n'étaient pas sûrs, aussi ont-ils traduit l'idiome lui-même,
> afin qu'il n'y ait aucun doute là-dessus. Donc, pour certains, ce verset
> nécessiterait une interprétation.
Et l'interprétation des « portes de la ville » est une invention tardive guidée par la politique, qui n'a de façon prouvée rien à voir avec le texte historique.