Réponse ? Quelle réponse ?
Comment Dembski a évité de répondre à mes arguments
par Richard Wein[Dernière modification : 28 mai 2002 ; changement à la section 5.1, concernant la LCI]
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Sommaire
1. Préambule
2. Évaluation par les pairs
3. Argument d'ignorance
4. Tornade dans une casse d'ordures
5. Réponses courtes
5.1 Probabilités uniformes
5.2 Les théorèmes de No Free Lunch
5.3 Spécification
5.4 Théorie de l'information algorithmique
5.5 Pouvoir prédictif de l'évolution darwinienne
5.6 Puissance explicative
5.7 Reconnaissance de Wein
6. Conclusion
L'Archive TalkOrigins a récemment publié ma critique du livre de William Dembski, No Free Lunch, intitulée Not a Free Lunch But a Box of Chocolates, dans laquelle j'ai analysé et réfuté en profondeur ses arguments. Dembski a rapidement répondu avec un article intitulé Obsessively Criticized But Scarcely Refuted: A Response To Richard Wein. Bien que cet article prétende être une réponse à ma critique, il s'agit en fait en grande partie d'une récapitulation d'arguments tirés de No Free Lunch qui ignore mes réfutations. Dans les rares cas où Dembski a tenté sérieusement d'aborder mes arguments, il les a presque toujours mal interprétés. Aucun de mes arguments n'a été traité de manière satisfaisante.
J'invite tout lecteur sceptique à vérifier par recoupement ma critique originale et la réponse de Dembski. Pour faciliter cette vérification, cet article utilise les mêmes noms et numéros de sections que ceux de Dembski, et je fournis des liens vers les sections pertinentes de ma critique.
Toutes les citations étiquetées "Wein :" proviennent de ma critique et celles étiquetées "Dembski :" de sa réponse, sauf indication contraire.
1. Préambule
Je commence, comme Dembski, par quelques questions périphériques, avant d'aborder les questions techniques de la section 3 ci-dessous.
Puisque cela lui semble avantageux, Dembski recourt à des appels à l'autorité. Il souligne correctement que je n'ai pas d'autorité, ne possédant qu'un modeste bachelor en statistiques. Je suis heureux de voir mes arguments jugés sur leur mérite et ne demande à personne de les accepter sur la base de mon autorité. Dembski devrait toutefois se montrer prudent dans ses pierres, car il critique lui-même des experts dans des domaines où il n'a aucune qualification, comme la biochimie.
Il demande aussi comment les défenseurs éminents de No Free Lunch peuvent dire que ce livre est « le meilleur depuis le pain tranché » s'il est aussi mauvais que je le soutiens. Peut-être devrait-il se demander comment les défenseurs de l'évolution, encore plus éminents et plus nombreux, peuvent être aussi convaincus si elle est aussi mauvaise que le disent les antiévolutionnistes. L'antiévolutionniste n'est pas bien placé pour recourir à l'appel à l'autorité quand la quasi-totalité de l'autorité scientifique est contre lui.
Malheureusement, les qualifications académiques élevées ne garantissent pas à elles seules qu'on ne tombe pas dans le piège de la pseudo-science, surtout lorsque des convictions dogmatiques puissantes sont en jeu.
2. Évaluation par les pairs
Au terme de la longueur de sa discussion sur l'évaluation par les pairs, Dembski n'a réfuté aucun des faits que j'avais présentés (section 8 de la critique). Plus important encore, il n'est pas capable de citer le moindre statisticien ou théoricien de l'information qui approuve son travail dans leurs disciplines, confirmant ainsi mon soupçon qu'il n'y en a pas.
Tout en restant totalement silencieux sur la question des théoriciens de l'information, Dembski essaie d'expliquer le manque de soutien des statisticiens en suggérant que ses affirmations statistiques sont plus adéquatement jugées par les philosophes des sciences. Je ne nie pas que certains philosophes aient une expertise en statistique. Mais je relève qu'il a préféré revendiquer l'appui des statisticiens quand il pensait pouvoir l'obtenir sans risque :
Interestingly, my most severe critics have been philosophers (for instance Elliot Sober and Robin Collins...). Mathematicians and statisticians have been far more receptive to my codification of design inferences. [NFL, p. 372n2, and "Intelligent Design Coming Clean"]
Retire-t-il désormais son affirmation selon laquelle les statisticiens ont été réceptifs à son travail ?
Dans son article, Dembski prétend que sa méthode de calcul des probabilités de perturbation constitue « une contribution à la littérature de probabilité appliquée ». L'a-t-il soumise à une revue de probabilité appliquée ? Ou s'agit-il d'une nouvelle contribution revendiquée à un domaine technique qui devrait être jugé par les philosophes ?
3. Argument d'ignorance
Dembski commence cette section en répétant l'affirmation que sa méthode d'élimination de l'inférence de dessein est « inductivement solide », sur la base du même argument absurde que j'ai déjà réfuté (section 3.6 de la critique). Il ne tente pas d'aborder mon argument.
Ensuite, il répète sa thèse selon laquelle il serait possible d'écarter des mécanismes matériels inconnus :
Dembski : La complexité spécifiée peut se passer des mécanismes matériels inconnus à condition qu'il existe des raisons indépendantes de penser que les explications fondées sur des mécanismes matériels connus ne seront jamais renversées par des mécanismes matériels encore inconnus.
Dans No Free Lunch, la tentative de se passer de mécanismes matériels inconnus était appelée « proscriptive generalization », mais ce terme n'apparaît nulle part dans l'article actuel de Dembski. Il n'est pas clair s'il s'agit simplement d'une incohérence, ou s'il considère désormais ce terme imprudent, ce qui impliquerait un degré de certitude qu'il ne peut pas justifier. Puisqu'il n'a reconnu aucun changement de son argument, je continuerai à utiliser son ancien terme pour conserver la cohérence. Je supposerai également que ses mécanismes « matériels » sont synonymes des mécanismes « naturels » de No Free Lunch. Les changements terminologiques fréquents et non annoncés de Dembski ne font rien pour améliorer la clarté de ses arguments.
Le défenseur d'un argument d'ignorance croit toujours qu'il a des raisons suffisantes de penser que son explication ne sera pas renversée par un mécanisme encore inconnu. Le fait que de telles raisons existent ne sauve donc pas l'argument de l'être un argument d'ignorance. C'est un argument d'ignorance parce qu'il repose non sur des preuves en faveur de l'explication proposée, mais sur l'absence prétendue de toute autre explication.
Dans No Free Lunch, Dembski a défini les arguments d'ignorance comme des arguments de la forme « non X donc Y » (p. 111). Mais c'est justement le type d'argument purement éliminatif qu'il formule : non matériel, donc dessein. Qu'il élimine les mécanismes matériels individuellement ou qu'il tente d'exclure les mécanismes inconnus par des généralisations proscriptives, c'est toujours un argument purement éliminatif.
Dembski poursuit avec un exemple de généralisation proscriptive contre l'alchimie. Mais cela est inutile, car j'ai déjà convenu avec Dembski que des généralisations proscriptives peuvent être utilisées pour exclure certaines catégories de possibilités (section 3.2 de la critique). Le point est sans objet, car ce sont des arguments contre des possibilités, pas pour une hypothèse. Selon le « non X donc Y » de Dembski, c'est un « non X » ; ce n'est pas un « donc Y ». Les scientifiques n'ont pas soutenu « non alchimie, donc chimie moderne ».
Ensuite, nous avons l'exemple d'un cadenas combinatoire, que je n'avais pas abordé dans ma critique, je l'examinerai donc plus en détail ici. Dembski avance :
Dembski : La géométrie et la symétrie du cadenas ne permettent pas aux mécanismes matériels de distinguer une combinaison d'une autre — toutes se valent vis-à-vis des mécanismes matériels.
Étrangement, non. Il peut exister un défaut dans le mécanisme qui le pousse à favoriser certaines combinaisons plutôt que d'autres. Ou encore, le cadenas peut être défectueux d'une autre manière. Quelle que soit la rigueur de l'inspection du cadenas, nous ne pouvons pas exclure totalement cette possibilité.
Considérons un scénario imaginaire dans lequel le cadran d'un coffre-fort est tourné au hasard par des forces naturelles. Supposons que le coffre soit sur un bateau à rames en mer, et que le roulis soit suffisant pour faire tourner le cadran. Maintenant supposons que, pendant que le seul occupant du bateau regarde, le coffre s'ouvre de lui-même. Pour le plaisir, disons que le rameur est un serrurier qui a inspecté minutieusement le mécanisme, l'a jugé irréprochable, a refermé le coffre et a aléatoirement mélangé le cadran depuis qu'il est seul sur le bateau. Comment expliquera-t-il l'ouverture spontanée de son coffre ? Disons qu'il saisit l'extrême improbabilité du déclenchement du coffre par hasard pur si le mécanisme fonctionnait comme prévu, et qu'il rejette cette explication. Invoque-t-il le dessein ? Ou infère-t-il qu'en dépit de sa vérification approfondie, il y a eu un défaut de mécanisme qui l'a empêché de fonctionner correctement ? Même si l'ouverture spontanée paraît implausible, il considérera sûrement comme encore plus implausible que quelqu'un ait monté à bord et ouvert le coffre pendant qu'il surveillait, sans qu'il s'en aperçoive ; il préférera donc la première explication. C'est une « inférence vers la meilleure explication », ou une inférence comparative. J'ai discuté longuement de ces inférences (section 3.5 de la critique). Dembski a complètement ignoré cette discussion, et continue d'insister que ses inférences éliminatives sont la seule option.
Selon la logique de Dembski, le rameur devait inférer un dessein, peu importe à quel point il était certain qu'aucun agent humain n'avait pu être responsable, même s'il devait postuler un dessinateur non incarné. Dembski peut répliquer que l'hypothèse d'un mécanisme défectueux est une autre hypothèse de hasard pertinente qu'il faut écarter avant d'inférer un dessein. S'il le fait, il reconnaît la fausseté de son argument selon lequel il est possible de « garantir la sécurité du cadenas ».
Je dois ajouter que cette discussion des généralisations proscriptives n'a aucun rapport avec l'argument de Dembski pour un dessein en biologie, puisque j'ai réfuté son affirmation d'une généralisation proscriptive contre l'évolution darwinienne des systèmes de complexité irréductible (plus à ce sujet ci-dessous).
Le reste de la section de Dembski n'est pas une réponse à ma critique : c'est un long passage copié-collé d'un de ses articles, avec des modifications mineures. L'article en question est le texte de sa récente intervention au American Museum of Natural History, qu'il a publiée sur Internet sous le titre « Evolution a-t-elle vraiment un mécanisme ? ». Une grande partie n'est qu'une reformulation d'arguments de No Free Lunch, et n'appartient pas du tout à une section qui prétend traiter de la question de « l'argument d'ignorance ». Je n'aborderai que les parties traitant de cette question.
Dembski : N'argumenter en faveur d'un dessein sur la base de la complexité spécifiée ne revient-il pas alors à un argument d'ignorance ? Deux réponses à cette objection : premièrement, la grande promesse des explications darwiniennes et autres approches naturalistes de l'évolution était précisément de montrer comment des mécanismes matériels connus, opérant de manière connue, pouvaient produire toute la complexité biologique. Ainsi, au moins, la complexité spécifiée montre que les problèmes prétendument résolus par des moyens naturalistes ne le sont pas.
Les biologistes n'ont jamais prétendu savoir exactement comment chaque structure biologique a évolué. Dembski attaque donc un homme de paille.
Dembski : Deuxièmement, l'objection de l'argument d'ignorance pourrait en principe être formulée pour toute inférence de dessein employant la complexité spécifiée, y compris celles où les humains interviennent dans la construction d'artefacts. Un mécanisme matériel inconnu pourrait expliquer l'origine de la Joconde au Louvre, ou du Louvre lui-même, ou de Stonehenge, ou de la manière dont deux étudiants ont écrit exactement la même dissertation. Mais personne ne recherche de tels mécanismes. Ce serait une folie d'essayer. Le dessein intelligent a fait exister ces objets, et nous le savons grâce à leur complexité spécifiée.
Une fois encore, Dembski suppose que toutes nos inférences de dessein utilisent son approche éliminative. J'ai déjà abordé cette affirmation (section 3.5 de la critique). Il n'a pas répondu.
Je relève que cette section de l'article de Dembski ne contient aucune réponse directe à aucun de mes arguments. Il n'a pas du tout essayé de réfuter mon argument selon lequel sa méthode d'inférence de dessein est un argument purement éliminatif, un argument d'ignorance et un argument du dieu des trous. Il n'a pas donné de définitions de ces termes et tenté de montrer que sa méthode ne leur correspond pas. Il n'a même pas tenté de contester mes définitions de ces termes. Il n'a pas non plus traité mon argument selon lequel le terme « complexité spécifiée » est un intermédiaire inutile. Je vais rendre cet argument encore plus simple : pourquoi ne pas remplacer
toutes les hypothèses de hasard pertinentes éliminées --> complexité spécifiée --> dessein
par
toutes les hypothèses de hasard pertinentes éliminées --> dessein?
4. Tornade dans une casse d'ordures
J'ai montré (section 4.1 de la critique) que la seule estimation probabiliste de Dembski pour un système biologique se fonde sur l'hypothèse d'une combinaison purement aléatoire, ce que j'ai appelé un scénario de « tornade dans une casse d'ordures ». Puisque ces hypothèses sont déjà rejetées universellement par les biologistes, j'ai soutenu que le calcul concernait une fausse piste et était donc sans pertinence. Dembski répond :
Dembski : Wein ne conteste donc pas mon calcul d'apparition par combinaison aléatoire, mais la pertinence de ce calcul pour des systèmes comme le flagelle. Et pourquoi pense-t-il qu'il est sans pertinence ? Parce que la cooptation est censée pouvoir le faire.
Dembski n'a pas lu mon article avec assez d'attention. J'ai écrit :
Wein : Aucun biologiste ne propose que le flagelle soit apparu par la combinaison purement aléatoire de protéines — ils croient qu'il a évolué par sélection naturelle — et tous conviennent que la probabilité d'apparition par combinaison aléatoire est si minuscule que c'est insatisfaisant comme explication scientifique. Par conséquent, fournir par Dembski un calcul de probabilité fondé sur ce scénario absurde est une perte de temps. Il n'est nul besoin de savoir si le calcul de Dembski est correct, car il est totalement sans rapport avec la question.
Il n'est pas question ici de cooptation. Je n'ai mentionné la cooptation que dans la section suivante (où je l'ai appelée « changement de fonction »). Dembski n'a donc pas du tout abordé mon argument. Néanmoins, je le remercie d'avoir confirmé que son calcul repose sur une hypothèse de combinaison aléatoire.
À ce stade, je vais insérer un passage du discours de Dembski au American Museum of Natural History, qu'il a inclus dans sa section 3 :
Dembski : Convaincus que le mécanisme darwinien doit être capable d'accomplir un travail de design évolutif de cette ampleur, les biologistes évolutionnistes demandent rarement si une telle séquence de bons petits pas existe ; à plus forte raison, ils ne tentent pas de quantifier les probabilités concernées. J'essaie de le faire au chapitre 5 de NFL (au sujet duquel je reviendrai bientôt). J'y expose des techniques pour évaluer les obstacles probabilistes auxquels le mécanisme darwinien est confronté quand il essaie d'expliquer des structures biologiques complexes comme le flagelle bactérien. Les probabilités que je calcule — et j'essaie d'être conservateur — sont horribles et rendent la sélection naturelle totalement invraisemblable comme mécanisme de production du flagelle et de structures semblables.
Il n'est pas mentionné ici que ces probabilités étaient calculées sous l'hypothèse d'une combinaison aléatoire. Au contraire, il est clairement sous-entendu qu'elles le furent sous une hypothèse impliquant la sélection naturelle. Nous savons que c'est faux, mais les auditeurs de l'AMNH ont pu être induits en erreur. Un lecteur non familier des tactiques antiévolutionnistes aurait pu penser qu'il n'y avait pas de mal à inclure dans No Free Lunch un calcul sans rapport. Mais ceux d'entre nous qui connaissent la rhétorique antiévolutionniste ont prévu qu'il serait exploité de la manière que nous observons ici.
Dans ma section suivante (section 4.2 de la critique), j'ai réfuté l'affirmation de Dembski d'avoir trouvé une généralisation proscriptive contre l'évolution darwinienne de systèmes de complexité irréductible. Comme c'est un point important, je reproduis le passage ici :
Wein : Acceptons, pour les besoins de l'argument, que la définition de Dembski soit suffisamment précise pour garantir que les systèmes à CI ne puissent pas évoluer par voies directes. Que dit-il sur la question vitale qu'a échoué Behe à traiter — la question des voies indirectes ? La réponse est : rien. L'essentiel de son argument est le suivant :
Dembski [NFL] : Pour obtenir un système à complexité irréductible, le mécanisme darwinien n'a que deux options. Premièrement, il peut tenter d'obtenir le système en une seule fois. Mais si le noyau d'un système à complexité irréductible comprend d'innombrables parties variées, cette option est carrément exclue. La seule autre option du mécanisme darwinien est alors d'essayer d'obtenir le système progressivement en exploitant des intermédiaires fonctionnels. Mais cette option ne peut fonctionner que tant que le système admet des simplifications substantielles. La deuxième condition [selon laquelle le noyau irréductible du système est au niveau minimal de complexité nécessaire pour accomplir sa fonction] bloque cette autre option. Je veux insister sur le fait qu'il n'y a pas de faux dilemme ici — il n'y a pas d'autres options que j'aurais convenablement ignorées, mais dont le mécanisme darwinien dispose.[p. 287]
Wein : Mais il existe en effet une option que Dembski a négligée. Le système aurait pu évoluer à partir d'un système plus simple avec une fonction différente. Dans ce cas, il pourrait bien y avoir des intermédiaires fonctionnels. L'erreur de Dembski est d'avoir supposé que les seuls intermédiaires fonctionnels possibles étaient des intermédiaires ayant la même fonction.
Pour une fois, Dembski semble avoir lu et compris mon argument, mais il ne tente pas de le réfuter. Sa généralisation proscriptive est donc morte. Il ne lui reste que l'appel à l'ignorance et les leurres :
Dembski : Pour Wein d'expliquer des systèmes comme le flagelle, les fonctions des systèmes précurseurs doivent coévoluer. Mais cela signifie que l'espace des fonctions possibles, d'où sont tirées ces fonctions co-évolutives, est totalement sans contrainte. C'est une autre manière d'isoler la théorie darwinienne de la critique, car l'espace de toutes les fonctions biologiques possibles est immense et il n'y a pas de manière d'établir la négation universelle que nul enchaînement de fonctions coévolutives n'aurait pu conduire, par cooptation, à un système donné.
Dembski n'est pas tenu d'établir une négation universelle. Il lui suffit de montrer qu'une hypothèse de dessein est meilleure, au vu des preuves disponibles, que l'hypothèse de l'évolution purement naturelle. Mais il rejette les inférences vers la meilleure explication, en s'en tenant au mode purement éliminatif, ce qui l'oblige à adopter une position impossible : établir une « négation universelle » ou admettre l'existence d'une catégorie de possibilités qu'il n'a pas éliminée. Comme il ne peut faire ni l'une ni l'autre, il hésite : il affirme d'abord avoir écarté toutes les possibilités darwiniennes (sa généralisation proscriptive), puis, lorsqu'il est montré qu'il ne l'a pas fait, il se plaint que l'attente était déraisonnable. Bref, il veut garder son pain et le manger aussi.
Dembski : Suggérons qu'il y a d'autres raisons d'être profondément sceptique face au scénario de cooptation de Wein. D'abord, la complexité spécifiée est utilisée pour asseoir un dessein dans des cas de preuve indirecte ; si le dessein existe dans la nature, la complexité spécifiée est la manière dont nous le détecterions. Ainsi, mon calcul de probabilité pour le flagelle, en l'absence d'un contre-calcul de Wein, constitue une preuve prima facie d'un dessein biologique. Cela peut ne pas suffire à convaincre les darwiniens convaincus d'abandonner leur paradigme, mais cela donne aux sceptiques de l'évolution une raison de considérer d'autres options, y compris le dessein.
Ceci est un argument d'ignorance grossier : après avoir exclu l'hypothèse absurde d'un assemblage purement aléatoire, il faut conclure au dessein, sauf si les biologistes peuvent proposer une hypothèse alternative suffisamment détaillée pour permettre un calcul de probabilité.
Dembski : Deuxièmement, il existe tout un champ d'étude développé par des ingénieurs et scientifiques russes sous l'acronyme TRIZ (Theory of Inventive Problem Solving) qui décrit des motifs de l'évolution technologique...
Dembski soutient que parce que les ingénieurs n'utilisent pas des méthodes darwiniennes pour résoudre des problèmes « inventifs », l'évolution biologique ne le peut pas. L'argument est un non sequitur absurde. L'évolution biologique peut effectuer des milliards d'essais grâce aux grandes populations et à des durées inimaginables. Les ingénieurs humains ne disposent pas de telles ressources. De plus, la prémisse de l'argument de Dembski est fausse. Ces dernières années, certains problèmes d'ingénierie ont été résolus par des méthodes darwiniennes, à savoir des algorithmes évolutionnaires informatisés. Dembski lui-même donne un exemple : les « antennes génétiques incurvées » d'Altshuler et Linden (NFL, p. 221).
Dembski : Troisièmement, et peut-être le plus révélateur, Wein a besoin de la fitness (adaptabilité) qui varie continûment avec la topologie de l'espace de configuration. De petits changements dans l'espace de configuration doivent au moins parfois correspondre à de petits changements de fonction biologique. Si les fonctions sont extrêmement isolées, au sens où de petites déviations depuis une île fonctionnelle de l'espace de configuration conduisent à une non-fonctionnalité complète, alors il n'y a aucun moyen d'évoluer depuis ou vers ces îles de fonctionnalité par des moyens darwiniens.
La notion « d'îles fonctionnelles » est trompeuse, comme je le montrerai ci-dessous. Mais le point essentiel que Dembski semble formuler est qu'il pourrait ne pas exister de trajectoire évolutive viable vers le flagelle bactérien. C'est un autre appel à l'ignorance. Dans sa section précédente, il formulait cet appel plus explicitement : « Mais quelle garantie y a-t-il qu'une séquence de petits pas relie deux points quelconques dans l'espace de configuration ? » La science ne se fonde pas sur des garanties, mais sur des inférences vers la meilleure explication. (Note : « espace de configuration » équivaut au terme « espace des phases » utilisé par Dembski dans No Free Lunch.)
Dembski : Pour lever cet obstacle au mécanisme darwinien, Wein soutient que les lois de la nature garantissent la continuité qui permet au mécanisme darwinien de prospérer. Selon Wein, les paysages lisses d'adaptation sont la norme parce que nous vivons dans un monde régi par des lois de la nature régulières, et ces lois sont censées assurer la douceur.
Ici, Dembski invoque mon argument sur la régularité des lois de la nature, mais cet argument était une réponse à son argument des théorèmes NFL (voir section 5.2 ci-dessous). Il le sort de son contexte et le traite comme une réponse à un autre argument. Il le lit aussi de travers, car je n'ai écrit nulle part qu'une garantie existait.
Ayant échoué à défendre son argument de la complexité irréductible, Dembski termine cette section en recourant à un autre argument. Il repose sur des recherches qui peuvent être publiées dans les deux prochaines années, et qui devraient montrer que des enzymes fonctionnelles sont situées sur des « îles d'opérabilité » isolées dans l'espace de configuration. Puisque ces recherches ne sont pas encore publiées et que Dembski n'a décrit son argument en détail, une réponse s'impose difficilement. Néanmoins, je ferai quelques remarques :
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Dembski prétend que ces recherches offriront à sa méthode des « probabilités de perturbation » l'occasion de montrer son véritable mérite. Mais ses probabilités de perturbation reposent sur une hypothèse de combinaison aléatoire pure des composants, c'est-à-dire sur un scénario de « tornade dans une casse d'ordures ». Ce scénario est tout aussi sans rapport avec l'évolution des enzymes individuelles qu'avec l'évolution du flagelle bactérien.
-
Il prédit que ces travaux « fourniront une preuve convaincante de la complexité spécifiée comme moyen principiel de détecter le dessein et non simplement comme un voile sur l'ignorance ». C'est absurde. La recherche ne peut être utilisée à la fois pour établir un résultat par la méthode de Dembski et pour confirmer la validité de cette méthode. La conclusion selon laquelle la complexité spécifiée est un voile de l'argument d'ignorance découle de sa définition, comme je l'ai déjà montré, et ne peut être réfutée par la quantité de recherche qui se fera.
-
D'après la description extrêmement brève dans No Free Lunch (p. 301), il semble que l'espace de configuration en question soit un espace où les unités de variation sont des acides aminés individuels. Au mieux, l'argument de Dembski pourrait montrer qu'il est impossible d'évoluer d'une île à une autre par substitutions multiples d'acides aminés individuels. Mais la mutation biologique ne se limite pas à un tel processus. Des séquences complètes d'acides aminés peuvent être substituées par une seule mutation (p. ex. recombinaison d'ADN). Comme pour la complexité irréductible, Dembski tente d'enfermer un processus biologique complexe dans un modèle excessivement simpliste. Il a négligé un élément essentiel de ce processus.
Une analogie instructive est notée dans l'exemple de Dembski consistant à tenter d'évoluer un programme informatique en effectuant des changements aléatoires de son code source. Si cela ne peut pas être fait en modifiant des caractères isolés d'un programme classique, cela peut se faire en modifiant des éléments plus larges d'un programme adéquatement structuré. Il existe un champ d'étude appelé « genetic programming » consacré à ce sujet. Pour une brève introduction, voir « Genetic Programming with C++ ».
5. Réponses courtes
5.1 Probabilités uniformes
J'espérais voir dans la réponse de Dembski une clarification de ses deux méthodes apparemment différentes de détermination de la complexité spécifiée, la méthode d'élimination du hasard et la méthode de probabilité uniforme, telles que je les ai nommées. D'abord il semble nier la méthode de probabilité uniforme, en insistant sur la nécessité de calculer les probabilités par rapport à toutes les distributions de probabilité pertinentes (c'est-à-dire les hypothèses de hasard) :
Dembski : Comme critère pour détecter ou inférer un dessein, la complexité spécifiée doit être évaluée par rapport à toutes les distributions de probabilité pertinentes. Par conséquent, pour que la complexité apparaisse, la probabilité de l'événement spécifié en question doit être inférieure à la borne de probabilité universelle, pour toutes les distributions de probabilité (c'est-à-dire, hypothèses de hasard pertinentes) considérées. (On notera que cela signifie que la formule de la Loi de conservation de l'information, I(A&B) = I(A) mod UCB, doit être obtenue pour chaque distribution de probabilité pertinente P, ce qui se convertit en une mesure d'information I par une transformation logarithmique.)
Malheureusement, la dernière partie de ce passage obscurcit davantage la nature de la Loi de conservation de l'information (LCI). Une loi scientifique ou mathématique devrait dire ce qui se produit, et non ce qui « doit » se produire. Pour dissiper la confusion, il faut commencer par ôter le déguisement à la formule. La formule de la LCI, « I(A&B) = I(A) mod UCB », est une forme dissimulée de « P(R|H) ≥ α », complément de la formule « P(R|H) < α » qui est le critère de rejet d'une hypothèse de hasard selon Dembski (section 3.1 de la critique). En d'autres termes, la formule de la LCI indique que la probabilité calculée n'est pas assez faible pour rejeter l'hypothèse. Le déguisement est réalisé par les transformations suivantes :
-
Appeler la région de rejet R un « élément d'information » B, composée de deux parties T et E. La « cible » T n'est qu'un autre nom de la région de rejet R. L'issue (ou l'événement élémentaire) E ne joue aucun rôle dans la LCI, qui ne considère que la probabilité de T, et peut donc être ignorée. En pratique, B n'est que R déguisée. Ainsi, P(R|H) ≥ α devient :
P(B|H) ≥ α
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Écarter l'hypothèse de hasard H (puisqu'on peut la supposer) :
P(B) ≥ α
-
Abandonner le calcul d'une borne de probabilité (α), et n'utiliser que la borne de probabilité universelle (10-150) :
P(B) ≥ 10-150
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Rendre explicite l'état ou l'événement antérieur A dont B dépend :
P(B|A) ≥ 10-150
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Substituer l'identité P(B|A) = P(A&B)/P(A) (voir NFL, pp. 128-129) :
P(A&B)/P(A) ≥ 10-150
P(A&B) ≥ P(A) × 10-150
-
Transformer une probabilité en « information » en appliquant la fonction I = -log2P :
I(A&B) ≤ I(A) + 500
-
Appeler 500 la limite de complexité universelle (UCB) :
I(A&B) ≤ I(A) + UCB
-
C'est la LCI telle qu'elle est formulée à la p. 161. Introduisons maintenant la notation « mod » propre à Dembski :
I(A&B) = I(A) mod UCB
Rappelons que la LCI s'applique aux événements qui « sont survenus par des causes naturelles » (NFL, p. 160). Donc, avec le déguisement levé, et en prenant les propos de Dembski à la lettre, voilà ce que dit la LCI : si un événement est survenu par causes naturelles, alors il doit être le cas qu'aucune hypothèse de hasard pertinente ne donne une probabilité assez faible pour que cette hypothèse soit rejetée. Mais à quoi sert ce « doit » ? Si Dembski signifie qu'il doit en être ainsi, sinon nous devons inférer un dessein, il dit désormais qu'il faut inférer un dessein si même une seule hypothèse de hasard pertinente peut être rejetée. Cependant, sa méthode d'élimination du hasard nous dit d'inférer un dessein seulement si toutes les hypothèses de hasard pertinentes peuvent être rejetées (NFL, p. 73). Cette interprétation ne peut donc être correcte.
Peut-être Dembski entend-il dire que si un événement est survenu par causes naturelles, alors il est bien le cas qu'aucune hypothèse de hasard pertinente ne donne une probabilité assez faible pour que cette hypothèse soit rejetée. Mais les hypothèses de hasard « pertinentes » selon Dembski sont précisément celles que nous jugeons, avant même de calculer une probabilité, comme pouvant expliquer l'événement observé. Une seule (au maximum) peut être la vraie explication, et les autres n'ont aucune raison de ne pas produire des probabilités très faibles et d'être rejetées. Donc cette interprétation est aussi fausse.
Une fois de plus, nous devons deviner ce que signifie vraiment Dembski. Selon la formulation de son passage, la LCI semble clairement être une formule équivalente à sa méthode d'élimination par élimination du hasard pour inférer le dessein. Cela aurait été le cas s'il avait écrit que le dessein devait être inféré à moins que la formule de la LCI ne soit valide pour au moins une hypothèse de hasard pertinente. Mais si tel était son sens, la LCI n'est qu'une forme déguisée de sa méthode d'élimination du hasard. Quel est alors son rôle, sinon semer la confusion ?
Poursuivons avec la complexité spécifiée. Malgré la déclaration claire ci-dessus selon laquelle, pour évaluer la complexité spécifiée, nous devons calculer la probabilité par rapport à toutes les hypothèses de hasard pertinentes (distributions de probabilité), Dembski procède ensuite par équivoque. Dans ma critique, j'ai énuméré plusieurs affirmations de Dembski qui soutiennent une interprétation par probabilité uniforme (section 6.3 de la critique, exemples n°1 à n°4). Dembski tente maintenant de répondre faiblement à mes exemples n°2 à n°4, mais n'ajoute rien à la confusion.
Pour le rappeler, les exemples n°2 et n°3 concernaient des programmes qui produisent régulièrement des résultats spécifiés (des solutions au problème). Ainsi, au regard de l'hypothèse selon laquelle les résultats ont été produits par le programme, ils ont une forte probabilité, et cette hypothèse n'est donc pas rejetée. Cette hypothèse, que nous savons être la vraie, doit sans doute être une hypothèse « pertinente ». Selon la méthode d'élimination du hasard et d'après l'exposé de Dembski ci-dessus, la complexité spécifiée est indiquée seulement si la probabilité est faible vis-à-vis de chaque hypothèse de hasard pertinente (distribution de probabilité). En l'occurrence, ce n'est pas le cas, donc les résultats ne présentent pas de complexité spécifiée. Pourtant Dembski a prétendu qu'ils en présentent. Que répond-il maintenant ?
Dembski : Une clarification sur les probabilités uniformes dans le contexte du calcul évolutionnaire mérite d'être faite ici. Quand je parle de complexité spécifiée en relation avec le calcul évolutionnaire, j'entends habituellement que la complexité corresponde à la probabilité de la cible induite par la topologie naturelle sur l'espace de configuration/espace de recherche en question. Le plus souvent, il s'agit d'une probabilité uniforme, mais ce n'est pas obligatoire.
Cette « clarification » est particulièrement évasive, même au regard des standards de Dembski. Il continue à soutenir que les espaces de recherche ont une distribution de probabilité associée, bien que j'aie mis en doute cette assertion dans ma critique et qu'il n'y ait pas répondu. Il ne dit pas comment déterminer cette distribution de probabilité, disant seulement qu'elle est « souvent » uniforme. Il dit qu'il se fonde « habituellement » sur cette distribution pour définir la complexité spécifiée, sans expliquer pourquoi ni dans quelles conditions il choisirait alors une autre distribution. Surtout, il ne dit pas pourquoi il ne calcule pas la probabilité par rapport à toutes les hypothèses de hasard pertinentes, comme il nous l'a dit plus haut, ou, à l'inverse, pourquoi l'explication vraie ne serait pas une hypothèse de hasard pertinente.
Dans l'exemple n°4, la séquence SETI, Dembski écrit :
Dembski : Dans beaucoup de contextes, la distribution de probabilité uniforme est un bon moyen de voir si nous sommes dans un cas de probabilité faible. Par exemple, je cite régulièrement l'exemple de Contact dans lequel une longue séquence de nombres premiers représentés comme chaîne binaire vient de l'espace et convainc les chercheurs SETI de la réalité d'une intelligence extraterrestre. Quelles probabilités peut-on raisonnablement attribuer à cette séquence ? Quelles hypothèses de hasard pertinentes pourraient attribuer de telles probabilités ? Ce n'est pas simplement une distribution uniforme (les 1 y sont très nombreux par rapport aux 0 qui représentent cette séquence). Pourtant, la probabilité uniforme est beaucoup plus proche de la bonne zone qu'une probabilité qui concentre une forte probabilité sur cette séquence.
Encore une fois, Dembski est extraordinairement évasif. Il a affirmé dans No Free Lunch que la séquence SETI présente une complexité spécifiée, donc il devrait montrer que la probabilité est faible sous toutes les hypothèses de hasard pertinentes. Il explique qu'une distribution de probabilité uniforme (attribuant des probabilités égales aux chiffres 1 et 0) n'est pas exactement la bonne puisque « les 1 y sont très nombreux par rapport aux 0 qui représentent cette séquence ». Donc logiquement, nous devrions considérer une distribution correspondant aux proportions réelles de 1 et de 0 dans la séquence, comme je l'ai suggéré dans ma critique. Cela signifie attribuer des probabilités de 1102/1126 et 24/1126 aux chiffres 1 et 0 respectivement, puisque nous observons 1102 1 et 24 0. Mais, sous cette hypothèse, la probabilité est de 3,78 × 10-51, pas assez faible pour rejeter l'hypothèse de hasard, au moins avec une borne de probabilité universelle. En négligeant cette hypothèse de hasard pertinente, Dembski n'a pas fourni de généralisation proscriptive pour exclure toute autre hypothèse de hasard. Il semble donc qu'il n'a même pas tenté de considérer toutes les hypothèses de hasard pertinentes, et ait estimé suffisant d'en considérer une seule, sans préciser laquelle, ni la probabilité qu'elle attribue à la séquence, ni la borne contre laquelle il l'a comparée. Une fois encore, il n'a pas répondu à mon argument.
Pourquoi Dembski persiste-t-il à émonder constamment son propos de cette manière ? Pense-t-il qu'il y a un avantage tactique à laisser les critiques dans l'incertitude ?
5.2 Les théorèmes de No Free Lunch
Dans mon section 5.4 de la critique, j'ai d'abord montré que les théorèmes NFL ne s'appliquent pas aux systèmes de coévolution, comme l'évolution biologique. Dembski n'a même pas tenté d'aborder cet argument.
J'ai ensuite soutenu que, même pour les algorithmes évolutionnaires auxquels ils s'appliquent, les théorèmes NFL ne soutiennent pas la thèse de réglage fin de Dembski, parce que les théorèmes supposent que tous les paysages d'adaptation mathématiquement possibles sont également probables, mais que l'existence de lois régulières rend cette hypothèse irréaliste. Dans ma section précédente (section 5.3 de la critique), j'avais fourni une citation qui fait un point similaire :
En dépit de la validité de ce « théorème no-free-lunch » (Wolpert et Macready 1997), le résultat n'est pas très intéressant. Il est facile de voir que la moyenne sur toutes les fonctions d'adaptation différentes ne correspond pas à la situation réelle d'optimisation en boîte noire. On peut même montrer que dans des scénarios d'optimisation plus réalistes, il peut ne plus exister de théorème no-free-lunch (Droste, Jansen et Wegener 1999). [Thomas Jansen, « On Classifications of Fitness Functions », 1999]
La seule réponse de Dembski à mon argument est d'observer que tous les paysages d'adaptation réels ne sont pas lisses, citant comme exemples des paysages basés sur de petites modifications du langage écrit et du code source informatique. Cela peut être vrai (bien que même les paysages cités présentent des gradients lisses par endroits), mais c'est sans pertinence. Mon argument ne requiert que des gradients lisses beaucoup plus probables en présence de lois régulières que s'ils étaient tirés au hasard de l'ensemble de tous les paysages d'adaptation mathématiquement possibles. Je n'ai pas écrit, comme le fait Dembski, que « les lois de la nature garantissent la continuité qui permet au mécanisme darwinien de prospérer ». Dans l'espoir d'éviter de tels malentendus, j'ai d'ailleurs ajouté la clause d'exclusion suivante, que Dembski semble ne pas avoir lue :
Wein : Bien que cela mine l'argument de Dembski fondé sur le NFL, la régularité des lois n'est pas suffisante pour assurer que l'évolution du monde réel produise une complexité fonctionnelle.
Néanmoins, je vois maintenant que j'ai rendu mon argument plus compliqué que nécessaire. Il n'était pas utile d'évoquer du tout la question de la « lissité ». Je propose donc ce texte amélioré, destiné à remplacer la seconde moitié de ma section 5.4 de la critique, à partir du paragraphe commençant par « Moreover... » :
De plus, NFL est à peine pertinent pour l'argument de Dembski, même pour les algorithmes évolutionnaires plus simples et non interactifs auxquels il s'applique (ceux où le succès reproductif des individus est déterminé par la comparaison de leur fitness inné). NFL nous dit que, en moyenne, un algorithme de recherche ne fera pas mieux qu'une recherche aléatoire si le paysage d'adaptation est choisi au hasard dans l'ensemble de tous les paysages d'adaptation mathématiquement possibles. Puisque, en pratique, on observe que les algorithmes évolutionnaires fonctionnent bien mieux que la recherche aléatoire, Dembski soutient que la sélection du paysage d'adaptation doit avoir été biaisée en faveur d'une bonne performance par un dessein intelligent. Mais cette conclusion ne s'ensuit pas. L'alternative au dessein n'est pas une sélection au hasard dans l'ensemble de tous les paysages d'adaptation mathématiquement possibles. Les paysages d'adaptation sont déterminés au moins en partie par des règles (qu'elles soient imposées par des humains ou par les lois de la nature), non par des générateurs aléatoires. Les règles donnent inévitablement naissance à des motifs, si bien que les paysages d'adaptation patternisés sont favorisés par rapport à des paysages totalement chaotiques. Ainsi, l'hypothèse sur laquelle se fonde le NFL n'est pas vérifiée dans la pratique, et le NFL ne peut donc pas être utilisé pour soutenir la conclusion de Dembski. Le fait que le NFL ne s'applique pas aux situations réelles a déjà été noté ci-dessus (voir la citation de Jansen).
Dembski pourrait répondre que certains ensembles de règles produisent des paysages patternisés mais pas des paysages favorables à l'évolution. C'est vrai, mais ce n'est plus un appel au NFL. C'est un appel au fait que les règles sont du bon type pour l'évolution. Nous n'avons pas besoin du NFL pour savoir que certains ensembles de règles ne seraient pas favorables à l'évolution. En effet, nous pouvons citer des exemples évidents. Les règles qui associent le texte anglais à sa signification ne sont pas favorables à l'évolution de textes signifiants par substitution de lettres individuelles. Quand les règles sont inventées par des agents intelligents, comme dans ce cas, elles peuvent être ou non favorables à l'évolution. Dans aucun cas cela n'étaye l'affirmation d'une nécessité d'un agent intelligent. Si, d'autre part, Dembski considère des situations où les règles pertinentes sont celles des lois de la nature (ou des simulations de celles-ci), il varie sur l'argument de l'ajustement fin cosmologique, soutenant que les lois naturelles sont plus favorables à l'évolution qu'on ne pourrait l'attendre par le hasard. Mais qu'ajoute cela à l'argument cosmologique de l'ajustement fin déjà existant ? Au mieux, cela montrerait que les lois naturelles sont encore plus réglées finement que ce qui avait été affirmé, et Dembski n'a pas établi ce point. Il faudrait qu'il montre que les paysages d'adaptation sont plus favorables à l'évolution que ce qu'on peut expliquer par les exemples actuels de réglage fin.
Ensuite, Dembski cite à nouveau une phrase de Geoffrey Miller sur le soin que les programmeurs doivent apporter à la sélection de la fonction d'adaptation d'un algorithme évolutionnaire. Puisqu'il l'avait déjà utilisée dans un article précédent, j'avais prévu qu'il pourrait la reprendre, et je l'avais préemptée en citant moi-même la citation et en montrant que Dembski l'avait mal interprétée (section 5.2 de la critique). Il semble ne pas avoir remarqué. Ailleurs, j'ai aussi discuté d'un exemple où les programmeurs n'ont pas soigneusement choisi la fonction d'adaptation : le programme de dames de Chellapilla et Fogel (section 6.6 de la critique). Toujours pas de réponse de Dembski.
Ayant échoué à établir une raison valable pour laquelle les paysages d'adaptation des organismes biologiques ne seraient pas favorables à l'évolution, Dembski passe à exiger des biologistes qu'ils expliquent pourquoi ils sont si favorables :
Dembski : En admettant, pour les besoins de l'argument, que le darwinisme est le moyen par lequel la complexité biologique a émergé, pourquoi la nature est-elle telle que les paysages d'adaptation en biologie sont lisses et permettent au mécanisme darwinien de réussir ?
Ma critique se bornait à réfuter les arguments de Dembski et non à défendre l'évolution. Néanmoins, j'ai brièvement abordé cette question (section 5.2 de la critique) :
Wein : Dans le cas de l'évolution biologique, la situation est quelque peu différente, car les paramètres évolutifs eux-mêmes évoluent au cours de l'évolution. Par exemple, selon la théorie évolutive, le code génétique a évolué par sélection naturelle. Ce n'est donc pas une simple question de hasard que le code génétique soit si bien adapté à l'évolution ; il a évolué pour devenir ainsi.
Ceci est plus généralement désigné dans la littérature comme « l'évolution de l'évolvabilité », un sujet que Dembski ne prend en compte d'aucune manière.
5.3 Spécification
Dembski : Comme c'est souvent le cas avec la critique de Wein, il omet commodément la clef qui ouvre la porte. Nulle part dans sa revue il ne mentionne la condition de faisabilité, et c'est justement cette condition qui contourne son inquiétude d'ajustement artificiel des motifs aux événements. Il a raison d'insister sur ce problème, mais j'insiste aussi dans NFL et je m'efforce de montrer comment ce problème peut être résolu. La manière de le faire, c'est ce que j'appelle la condition de faisabilité (pourquoi n'est-elle pas mentionnée dans la critique de Wein ?).
Dembski n'a pas lu ma critique avec assez d'attention. Je vais d'abord citer une phrase de No Free Lunch :
Dembski [NFL] : La condition de faisabilité emploie une mesure de complexité φ qui caractérise la complexité des motifs relativement aux connaissances préalables et aux capacités d'un cogniteur S à percevoir et générer des motifs. (NFL, p. 76).
Dans ma section A.2 de la critique, j'ai consacré plusieurs paragraphes à la discussion de cette mesure de complexité et de son emploi pour déterminer les ressources de spécification. J'ai même cité la phrase ci-dessus, sans les quatre premiers mots. En d'autres termes, j'ai discuté de la condition de faisabilité sous toutes ses lettres, sauf le nom. J'ai estimé que l'introduction d'un nouveau terme dans la discussion n'était pas utile, en particulier un terme qui est un vestige de son ancien usage dans The Design Inference et qui ne reflète pas son nouvel emploi dans No Free Lunch. J'ai aussi déclaré clairement que les ressources de spécification servent à compenser le façonnage de la spécification en fonction de l'événement observé.
Après avoir faussement reproché à mon auteur de ne pas traiter son argument, Dembski passe ensuite sous silence tous mes arguments sur sa méthode statistique. La seule chose qu'il fasse est d'introduire une quatrième mesure de complexité, basée sur des « niveaux » pour s'ajouter aux trois mesures de complexité mentionnées dans No Free Lunch (section A.2 de la critique). Quelle de ces quatre mesures faut-il employer ? Avons-nous le choix ?
5.4 Théorie de l'information algorithmique
Dembski : Wein attribue à confusion ma part de confusion concernant la théorie de l'information algorithmique, mais la confusion est la sienne. La raison de la confusion de Wein est que, dans la théorie de l'information algorithmique, les chaînes de bits hautement compressibles sont celles qui ont une « forte complexité ». C'est pourquoi, quand j'attribue la complexité spécifiée à des chaînes très compressibles, il pense que je me trompe. Mais c'est parce qu'il projette ses préconceptions au lieu d'appliquer le cadre que je développe dans NFL.
La confusion vient de la confusion de Dembski entre improbabilité et complexité, et de son échec à préciser par rapport à quelles hypothèses de hasard son improbabilité-compensée de complexité s'inscrit (sections de critique 3.7 et 6.3). Il introduit maintenant les termes « probabilistic complexity » et « patterned complexity ». Pourquoi ne pas les appeler simplement « improbabilité » et « complexité », comme tout le monde ? Parce que cela reviendrait à abandonner une partie importante du déguisement de son argument d'ignorance.
Il n'écrit rien dans cette section pour clarifier la question des hypothèses de hasard, ne les mentionnant plus qu'une référence fugace à des « lancers de pièces », ce qui suggère encore qu'il ne considère qu'une distribution de probabilité uniforme au lieu de toutes les hypothèses de hasard pertinentes. Dans ma critique, j'ai discuté la relation entre l'information algorithmique et la complexité spécifiée selon probabilité uniforme (section 6.7 de la critique), discussion que Dembski n'a pas abordée. Je vais maintenant examiner sa relation avec la complexité spécifiée éliminative.
Considérons, par exemple, la séquence suivante :
111111111111111111111111111111111111111111111111111111111...
Il s'agit d'une séquence très compressible, c'est-à-dire qu'elle a une information algorithmique très faible (ou une complexité de Kolmogorov faible). Mais présente-t-elle une complexité spécifiée éliminative ? Cela dépend des hypothèses de hasard que l'on considère comme « pertinentes ». La séquence est « probabilistiquement complexe » relativement à l'hypothèse selon laquelle les chiffres ont été générés de manière indépendante avec une probabilité égale (1/2) d'être 0 ou 1 (une distribution de probabilité uniforme). Mais elle n'est pas « probabilistiquement complexe » par rapport à un processus qui renvoie un 1 à chaque fois ; ou un processus qui renvoie un 1 avec probabilité 0,9999 ; ou un processus qui renvoie 0 ou 1 (avec probabilité égale) pour le premier chiffre, puis répète le même chiffre, etc. Ainsi, la séquence peut ou non présenter une complexité spécifiée selon que les processus cités comptent ou non comme hypothèses de hasard « pertinentes » au regard de notre connaissance de la situation.
Pour un exemple où Dembski attribue lui-même une complexité spécifiée à une séquence aussi simple, considérons le cas Caputo, où il a inféré un dessein dans cette séquence :
DDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDRDDDDDDDDDDDDDDDDDD
Dembski ne dit pas explicitement que cette séquence présente la complexité spécifiée, mais il atteint l'étape n°8 de l'argument général d'élimination du hasard (NFL, p. 82), et cette étape nous apprend que le résultat observé (E) présente la complexité spécifiée (p. 73). Puisque Dembski a inféré un dessein quand 40 tirages sur 41 étaient des D, il aurait eu encore plus de raisons d'inférer un dessein si tous les 41 tirages avaient été des D. Donc une séquence de 41 D présenterait également une complexité spécifiée. Cette séquence est analogue à la séquence de 1s plus haut ; on voit ainsi que de telles séquences répétitives peuvent présenter une complexité spécifiée. (Le cas Caputo reposait sur une borne de probabilité locale, mais on peut imaginer d'étendre la séquence à 500 D, pour atteindre la borne de probabilité universelle.)
Nous pouvons maintenant constater que le concept de complexité spécifiée de Dembski diffère nettement de celui d'Orgel et Davies, malgré sa confusion constante avec le leur. Comme on vient de le voir, des motifs hautement compressibles peuvent présenter la complexité spécifiée selon Dembski. En revanche, dans le travail d'Orgel et Davies, ce sont les motifs incompressibles qui présentent une complexité spécifiée. J'ai signalé ce point dans ma critique (section 6.7 de la critique), mais Dembski n'a pas répondu.
Au lieu de cela, il offre un faux-fuyant. Il nous rappelle qu'il faut considérer tous les résultats correspondant à une spécification, et pas seulement le résultat observé, suggérant que je n'avais pas fait cette remarque. Je l'avais pourtant faite à maintes reprises dans ma critique. Dans les exemples ci-dessus, nous pouvons considérer les spécifications comme « une séquence de tout 1 » et « une séquence de tout D » (voir le cas Caputo, p. 81). Dans ces cas, la spécification correspond à un seul résultat, tout comme dans les cas Champernowne (pp. 16-18) et SETI (pp. 143-144) de Dembski. À l'inverse, si les 1 ne sont pas plus significatifs que les 0, nous pouvons considérer la spécification « tous les chiffres identiques », qui correspond à deux résultats (« 1111111111... » et « 0000000000... ») ; cela n'altère pas sensiblement les probabilités. (Au passage, Dembski renvoie ici à la « complexité patternisée » d'une spécification, mais il n'a toujours pas défini de manière univoque ce concept ; voir section A.2 de la critique.)
Je me demande si Dembski ne souhaiterait pas reconsidérer son affirmation selon laquelle il n'est pas confus sur cette question, car l'alternative est que sa confusion est une manœuvre délibérée pour tromper ses lecteurs.
5.5 Pouvoir prédictif de l'évolution darwinienne
Dembski qualifie de non-sens mon affirmation selon laquelle il existe un degré élevé de congruence entre les arbres phylogénétiques issus d'études morphologiques et ceux issus d'études moléculaires indépendantes, citant Simon Conway Morris, qui écrit : « Construire des phylogénies est central à l'entreprise évolutive, et pourtant les schémas rivaux sont souvent fortement contradictoires. Pouvons-nous réellement retrouver l'histoire vraie de la vie ? »
Ceci est un exemple de tactique de prélèvement de citations qui occupe un rôle central dans la rhétorique antiévolutionniste. En effet, cette citation figure dans le recueil de citations collectées par la Discovery Institute, « Bibliography of Supplementary Resources For Ohio Science Instruction ». Une citation est fournie qui semble au premier abord soutenir une position, mais où un contexte significatif est omis et où les preuves contraires sont commodément ignorées. Ici Dembski ignore simplement la preuve que j'ai citée (« The One True Phylogenetic Tree ») et ne mentionne pas que Conway Morris ne faisait référence qu'aux organismes les plus anciens, dans le Précambrien et le Cambrien, où les phylogénies sont provisoires et compliquées par le transfert horizontal de gènes. Le fait que ces phylogénies provisoires contiennent des contradictions n'annule pas mon exemple. J'avais anticipé ce type d'objection fallacieuse et écrit dans une note de bas de page :
Wein : Il ne sera d'aucun secours pour Dembski de faire valoir qu'il existe quelques exceptions à cette congruence. Les méthodes d'établissement des arbres phylogénétiques sont faillibles. La prédiction n'est que celle d'un haut degré de congruence, pas d'une congruence parfaite.
À noter qu'à un tel auteur, j'appelle les choses : comme Dembski considère Conway Morris comme une autorité, je suppose qu'il partagera le passage suivant du même article :
Cooption is, therefore, commonplace (e.g., Finkelstein and Boncinelli, 1994; Holland and Holland, 1999), perhaps ubiquitous, and just what we would expect in organic evolution. ["Evolution: Bringing Molecules into the Fold", Simon Conway Morris, Cell, Vol. 100, 1-11]
5.6 Puissance explicative
Puisque je me suis déclaré incapable de trouver une définition satisfaisante de « puissance explicative », Dembski me reproche de ne pas avoir consulté la littérature. Il cite ensuite une définition de la littérature qui est à la fois triviale et circulaire : « Les explications sont parfois dites plus plausibles lorsqu'elles ont plus de « puissance » explicative. Cette puissance est généralement définie en termes du nombre de choses, ou plus précisément du nombre de types de choses, que la théorie peut expliquer. Ainsi, la mécanique newtonienne était si attrayante, dit-on, en partie parce que la gamme de phénomènes qu'elle pouvait expliquer était vaste. »
Dire que la théorie la plus explicative est celle qui peut expliquer le plus de choses n'est guère instructif. Cette définition présuppose ce que signifie expliquer un phénomène. La définition la plus simple (mais non pleinement satisfaisante) de « expliquer » est qu'une théorie explique un phénomène si celui-ci peut être déduit de la théorie (avec des théories auxiliaires et des conditions initiales). C'est la signification « rétrodictive » que j'ai donnée dans ma critique. Avec cette signification, comme je l'ai indiqué, l'hypothèse de dessein intelligent a une puissance explicative nulle.
Je note qu'à part quelques contestations infructueuses, Dembski n'a pas challengé mes arguments montrant que la théorie évolutive est supérieure à l'hypothèse de dessein intelligent en termes de productivité comme programme de recherche, de falsifiabilité, de parcimonie, de pouvoir prédictif et de puissance explicative (section 7.2 de la critique).
5.7 Reconnaissance de Wein
Dembski : Wein offre la reconnaissance suivante pour son aide sur sa critique de NFL : « Je suis reconnaissant de l'aide de Wesley Elsberry, Jeffrey Shallit, Erik Tellgren et d'autres qui ont partagé leurs idées avec moi. Suis-je censé supposer que Wein parle au nom d'Elsberry, Shallit, Tellgren et d'autres... ?
Mais évidemment non.
6. Conclusion
Ma critique n'a reçu aucun défi sérieux de la part de Dembski, et ses conclusions restent bien fondées.